Histoire de Paris
L’histoire de Paris est inséparable de
celle du pays dont elle est capitale : ce qui se passe dans la ville est, selon
les époques, le reflet ou l’annonciateur de ce qui se passe dans le pays ;
l’histoire de Paris, en grande partie, se confond avec celle de
C’est probablement vers le iiie siècle avant J.-C.
qu’une tribu celte, les Parisii, s’installe sur l’actuelle île de la Cité ;
cette implantation donne naissance à une bourgade fortifiée, de la taille d’un
village, successivement désignée Lucotetia puis Lutetia : Lutèce est née. Une
occupation plus ancienne des îles de la Seine (on en a compté jusqu’à une
dizaine, disparues à la faveur des dragages du xixe siècle, entrepris pour faciliter la
navigation) est vraisemblable, mais aucun vestige ne permet de l’attester avec
certitude.

Lutèce
Au cours de la guerre des Gaules, en
52 avant J.-C., un lieutenant de Jules César, Labienus, s’empare de la ville et
la reconstruit : aux principes gaulois viennent se mêler les influences
romaines. Au siècle suivant, ier
siècle apr. J.-C., la ville gallo-romaine sort de l’île et s’agrandit, en
particulier sur la rive gauche de
Au milieu du iiie siècle, Paris se christianise et, à l’image
du reste de la France et de l’Europe, se remplit d’églises. C’est de cette
époque que date le martyre du premier évêque de la ville, saint Denis.
Au ive
siècle, en 360, Julien l’Apostat, préfet des Gaules, est proclamé empereur.
Cette date est capitale pour l’histoire de la cité : Lutèce devient Paris.
A la chute de l’Empire romain, menacée
par les invasions barbares, Paris connaît le sort instable des provinces du
continent. Si certains des envahisseurs épargnent la ville (c’est le cas des
Huns d’Attila, en 451, détournés de Paris par sainte Geneviève ; cette héroïne
est devenue patronne de Paris ; la châsse qui enferme sa dépouille est déposée
à l’église Saint-Etienne-du-Mont), d’autres, au contraire, s’en emparent :
c’est le cas, en 508, des Francs, accourus de l’est de l’Europe sous la
conduite de Clovis, qui y établissent leur capitale et la résidence de leur
chef. Pendant trois siècles, jusqu’au départ de Charlemagne à Aix-la-Chapelle,
qui va affaiblir le rôle et le prestige de la ville, Paris va remplir ces
fonctions.
En 885, pour la cinquième fois, les
Normands, qui remontent la Seine, mettent le siège de la ville : Paris, qui
jusque-là avait subi ces invasions, est, cette fois-ci, efficacement défendu
par le comte Eudes qui, peu après cet exploit, est élu « roi des Francs ».

Clovis, roi des Francs
Un siècle plus tard, en 987, apparaît
avec Hugues Capet une réalité politique nouvelle :
Les
Capétiens : des rois qui ont
fait la France et Paris
Cette fonction politique, associée au
développement du commerce, vaut à la ville de connaître, aux xie et xiie siècles, un essor
significatif. Plusieurs signes témoignent de ces changements. Les métiers sont
organisés en corporations puissantes, fort actives pour le renouveau du
commerce (rôle important joué par

Notre Dame de Paris
Cet essor est couronné, au xiiie siècle, par plusieurs
réalisations exemplaires. Ainsi, en 1220, l’Université de Paris est fondée et
s’installe à la Sorbonne (où, en partie, elle se trouve toujours, mais dans des
locaux profondément remaniés par Richelieu, d’une part, par Napoléon de l’autre
; à son rôle politique, la ville ajoute ainsi une dimension intellectuelle et
culturelle). De 1226 à 1270, sous l’impulsion et le patronage de Louis IX
(futur saint Louis), construction de
Le siècle suivant, troublé sur le plan
international, se caractérise, pour Paris, par de nombreux désordres. En 1358,
par exemple, Etienne Marcel, prévôt des Marchands (à ce titre, il cumule
l’administration de la cité et des fonctions judiciaires), qui a, aujourd’hui,
sa statue devant la façade sud de l’Hôtel de ville, se soulève contre le
pouvoir royal : la capitale de la France, par cette révolte, s’ouvre au roi de
Navarre et aux Anglais. Cette première intrusion est, cependant, de courte
durée : Charles V, roi de France, reprend les choses en mains et protège la
ville par une nouvelle enceinte (elle est en particulier renforcée, à l’est,
par une forteresse qui deviendra célèbre : la Bastille). D’autre part il crée
et aménage de nouveaux axes de communication qui permettent à Paris de se
développer sur la rive droite. C’est de cette époque que date la première
horloge publique de Paris, celle qui orne encore – et qui, ponctuellement,
sonne toujours les heures, tristes ou gaies, de la capitale – une tour,
précisément celle de l’Horloge, de
Paris,
ville anglaise
La révolte des Parisiens contre le
pouvoir royal coïncide avec le long conflit que la France entretient avec
l’Angleterre (guerre de Cent ans) et avec les divisions franco-françaises qui
l’accompagnent (lutte des Armagnacs et des Bourguignons). Ces désordres
aboutissent à ce que, en 1408, Paris soit livrée aux Anglais. En 1429, pour
réagir contre cette humiliation, Charles VII, roi de France, tente de reprendre
sa capitale. Au cours de cette opération, Jeanne d’Arc, inspiratrice et
précieux soutien du monarque, est blessée à

Jeanne d’Arc
Bouillonnante
et prestigieuse Renaissance
Le xvie
siècle confirme le double rôle de Paris, capitale politique et centre
intellectuel : c’est sous le règne de François 1er, vers 1530, que
débute la construction de l’Hôtel de ville (l’actuel siège de la mairie de
Paris n’est qu’une réplique, de la fin du xixe
siècle, de ce monument, chef-d’œuvre de la Renaissance) et c’est à cette époque
qu’est fondé le Collège de France (qui continue d’exister). Le Louvre, à ce
moment, cesse, pour ainsi dire, d’être une forteresse pour devenir un palais.
Etroitement associée – et même
inséparable d’elle – à l’histoire de la France, Paris en subit les épreuves et
les heures tragiques. C’est le cas, à la fin du xvie siècle, quand le pays est endeuillé par les
guerres de religion. Paris est catholique et adhère à la Ligue : c’est là, dans
la nuit du 23 au 24 août 1572, que les cloches de Saint-Germain-l’Auxerrois
donnent le signal du début du massacre de
Avec les Bourbons, au début du xviie
siècle, la ville continue de s’étendre et de se transformer. C’est pour faire
face à ces développements que Charles IX, d’abord, et Louis XIII, ensuite, agrandissent,
vers l’ouest, l’enceinte du Moyen Age qui englobe désormais le palais des
Tuileries. La capitale s’enrichit de nombreux bâtiments nouveaux qui lui
donnent, en partie, l’allure que nous lui connaissons ; c’est dans la première
moitié du xviie siècle
que sont ainsi créés la place des Vosges, l’hôpital Saint-Louis (selon la
volonté de Henri IV), celui de la Salpétrière (surmonté d’un des plus anciens
dômes de la capitale), le palais de Luxembourg (par Marie de Médicis), le
Palais Royal (alors palais Cardinal, par Richelieu)… C’est à cette époque
qu’est lotie et aménagée l’île Saint-Louis. Dans le même temps, le palais du
Louvre, prestigieux symbole du pouvoir royal, est agrandi tandis que, dans le
souci constant d’unifier la France et de faire de Paris un haut lieu de
l’intelligence, des arts et de l’esprit, Richelieu, en 1635, fonde l’Académie
française.

Henri IV
Louis XIV, aussi bien pour se méfier d’un possible renouveau de la
Fronde que pour prévenir les inconvénients d’un nouvel affrontement avec la
municipalité parisienne, prend, en 1653, une décision originale : il déménage
la cour royale de Paris à Versailles. Le « roi-soleil », pour autant, ne néglige
pas la ville : il s’occupe aussi bien d’assujettir son administration au
pouvoir royal que d’embellir son apparence. Sous le règne de Louis XIV, Paris
connaît des réalisations nombreuses : l’aménagement du Marais se termine, celui
du faubourg Saint-Germain commence, sont créés l’Observatoire de Paris et la
Manufacture des Gobelins, sont construits l’Hôtel des Invalides et l’hôpital du
Val-de-Grâce, sont aménagées quelques-unes des plus remarquables places du
Paris contemporain (place Vendôme, par Jules Hardouin-Mansart, place des
Victoires, par François Mansart, oncle du précédent, place du Carrousel, etc.)…
Louis XIV est, en somme, aussi généreux avec la ville qu’il est strict avec la
cité qu’il redoute…

Louis XIV
Louis XV, tout en maintenant la cour à Versailles, poursuit l’œuvre
d’embellissement de Paris commencée par ses aïeux. C’est de la deuxième moitié
du xviiie siècle que
datent ainsi la construction de l’Ecole Militaire (chef-d’œuvre architectural
par Jacques-Ange Gabriel), l’église Sainte-Geneviève (l’actuel Panthéon, par
Soufflot), l’imposante église Saint-Sulpice, toujours inachevée malgré cent
trente-quatre ans de travaux (de 1646 à 1780 !), ou l’aménagement de l’immense
place de la Concorde (l’obélisque qui l’orne, cadeau de l’Egypte à la France, a
été ajoutée au siècle suivant)…
C’est de cette époque, sous le règne
de Louis XVI, qu’un nouveau mur d’enceinte est créé : il entoure Paris de
cinquante-sept « barrières » qui sont autant d’octrois où les marchandises
auront des taxes à acquitter. Cette nouvelle rigueur fiscale mécontente, sur le
moment, les Parisiens mais laisse à leurs successeurs quelques élégants
bâtiments supplémentaires : les rotondes de la Villette ou du parc Monceau,
œuvres de Ledoux, étaient ainsi, en quelque sorte, des postes de douane…
Une
Révolution très parisienne
La plupart des événements
significatifs de la Révolution française ont Paris pour cadre : c’est là, le 14
juillet 1789, qu’est prise de la Bastille (la prison, emblème de l’arbitraire
du pouvoir royal, n’abritait, ce jour-là, que sept prisonniers…), début
symbolique du vaste bouleversement de ces années ; c’est là, le 10 août 1792,
que sont prises les Tuileries, fait qui marque la chute de la royauté ; c’est
là, le 21 septembre de la même année, qu’est proclamée

La liberté guidant le peuple, par
Eugène Delacroix
Napoléon 1er, sacré
empereur le 2 décembre 1804 à Notre-Dame, poursuit l’œuvre d’embellissement de
la capitale de ses prédécesseurs. C’est sous le Premier Empire que Paris
s’enrichit des arcs de Triomphe du Carrousel et de l’Etoile, de la colonne de
bronze de
A la chute de l’Empire, en 1814,
Paris, comme elle ne l’avait plus été depuis quatre siècles, est occupée par
les Alliés, coalisés contre
La restauration de la monarchie (à
Louis XVIII succède Charles X) se termine par trois journées d’une révolution
parisienne, les « Trois Glorieuses », 27, 28 et 29 juillet 1830, par lesquelles
les barricades renversent Charles X et portent au pouvoir Louis-Philippe. Sous
l’emblème du drapeau tricolore, ce souverain ne portera plus le titre de roi de
France, mais celui de roi des Français… Le règne de Louis-Philippe, qui
coïncide avec la révolution industrielle, se caractérise par une augmentation
considérable de la population de la capitale (ce sont les quartiers ouvriers
qui, en réaction au triomphe de la bourgeoisie, animeront la révolution de 1848
qui mettra un terme à la « monarchie de juillet »), par la création, motivée
par le souvenir de 1814, de ce qu’on appellera familièrement les « fortifs »,
fortifications, forts et bastions qui protègent la capitale et, en 1837, par la
mise en service de la première ligne de chemin de fer, qui relie la capitale à
Saint-Germain. En 1840, le retour des cendres de Napoléon donne lieu à une
somptueuse cérémonie et la création, par l’architecte Visconti, de
l’impressionnant tombeau de marbre où l’Empereur est inhumé aux Invalides.

Louis Philippe
Le Second Empire qui succède à
En 1870, après le désastre de Sedan,
qui voit s’écrouler l’Empire, est proclamée, le 4 septembre,
Les grands travaux d’urbanisme,
commencés sous le Second Empire, continuent sous
De 1876 à 1914, la très laide
basilique du Sacré-Cœur est édifiée au sommet de
Dans l’insouciante euphorie de ce
qu’on a appelé
C’est encore de la fin du xixe siècle que datent, pour
l’essentiel, la plupart des sièges des grands établissements bancaires,
toujours visibles sur les Grands Boulevards, aux abords de la Bourse.
C’est en juillet 1900 qu’est inaugurée
la première ligne du réseau métropolitain, conçue et réalisée par l’ingénieur
Fulgence Bienvenüe, dont le nom, comme il se doit, est porté, accolé à celui de
Montparnasse, par une station de métro… La décoration des stations fera un
emploi massif – et souvent heureux – du métal (style « nouille » des ornements
dessinés par Hector Guimard).
Au début du xxe siècle, un nouveau matériau fait son apparition
dans le paysage parisien : le béton. C’est en particulier lui qu’utilisent,
en 1912, les frères Perret pour la construction du théâtre des Champs-Elysées.
Pendant la première guerre mondiale
(1914-1918), le gouvernement doit quitter la capitale pour Bordeaux. Sauvée par
la bataille de la Marne (à laquelle les chauffeurs de taxi parisiens apportent
un concours décisif), la ville, cependant, à quelques légers bombardements
près, ne souffre pas trop des hostilités.
Les années d’après-guerre ont été
appelées les « Années folles » : elles se caractérisent, à Paris, par la
volonté de se griser en découvrant de nouvelles musiques et des danses
inconnues. C’est le triomphe du jazz, de la garçonne aux cheveux courts et de
toute une série d’innovations dans la vie intellectuelle, artistique et
sociale.

Le Paris des « années
folles »
Beaucoup de Russes, qui ont fui la
Révolution bolchevique, viennent s’installer à Paris : dans leurs taxis, dans
leurs restaurants ou dans leurs lieux de culte, ils ont à cœur de faire revivre
l’âme de
Tandis que personne ne pense encore à
la grande crise – celle des années 1930 – qui soldera cette période
insouciante, un soldat inconnu, en 1920, est inhumé sous l’arc de triomphe de
l’Etoile. Depuis cette date, chaque jour, la flamme qui le veille est
pieusement entretenue.
Les années 1930 sont marquées par de
grandes manifestations populaires : celles, antiparlementaires, de février
1934, qui se terminent dans le sang, et celles de 1936, qui accompagnent la
naissance du Front populaire.

Manifestations du 6 Février 1934
Après la débâcle de juin 1940, Paris,
occupée par les armées allemandes, perd, avec l’installation du gouvernement à
Vichy, son statut de capitale politique. Ces années sombres (bombardements,
rafles, prises et exécutions d’otages, restrictions alimentaires, régime
policier, etc.) prennent fin le 25 août 1944, avec l’insurrection des Forces
Françaises de l’Intérieur et l’arrivée des troupes du général Leclerc (2e
Division Blindée) qui conduisent à la capitulation des armées d’occupation et à
la Libération de Paris. Le lendemain de ce jour glorieux, le général de Gaulle
peut triomphalement descendre les Champs-Elysées : « Paris martyrisé, mais
Paris libéré », pour reprendre les propos du chef de
A l’inverse du régime précédent (

Libération de
Paris
A la fin du xxe siècle, vont ainsi voir le jour : le siège de
l’Unesco, la maison de la radio (aujourd’hui de Radio-France), le CNIT et le quartier
de la Défense, le boulevard périphérique,
La ville s’équipe également dans les
domaines sportifs (réaménagement du Parc des Princes, création du Stade de
France et du palais omnisports de Bercy, etc.) et culturel (création du centre
Georges Pompidou, de l’Institut du Monde arabe, du Zénith, de la cité de la
Musique, etc.).

L’Arche de la Défense
Dans le même temps, indépendamment de
ces aspects monumentaux, la ville se modernise et s’étend : aménagement de
nombreux quartiers (dont le célèbre « front de Seine », juxtapositions de tours
et d’immeubles contemporains), création du réseau express régional (RER),
intermédiaire entre le train et le métro, dont l’appellation donne une idée de
l’extension de la cité, installation, à Roissy, au nord de la capitale, d’un
troisième aéroport international, création, le long du fleuve, de rapides «
voies sur berge », etc.
Les Parisiens, pour leur part, peuvent
profiter d’une quantité de petits aménagements paysagers qui rendent la vie
plus agréable : création de jardins (parcs Georges Brassens, André Citroën ou
des anciennes halles de Bercy), de promenades (« coulée verte » qui relie la
place de la Bastille au bois de Vincennes par l’ancien tracé d’une voie de
chemin de fer), aménagement de quartiers piétonniers (autour de la rue de la
Huchette, autour des Halles, etc.).
Paris, à la fin du xxe siècle, n’a rien perdu
de ses fonctions traditionnelles : la ville est ainsi, par exemple, le siège
des « événements de mai 68 », confuse révolte-révolution qui, à partir d’un
mouvement étudiant, paralyse la France pendant quelques semaines, elle est le
lieu de grandes manifestations nationales (commémoration du bicentenaire de la
Révolution française) ou internationales (coupe du monde de football en 1998).
Après des siècles de méfiance du
pouvoir central, les Parisiens – qui sont 2 126 000, tandis que l’agglomération
elle-même compte près de 10 millions d’âmes – peuvent enfin, depuis 1977, comme
les autres Français, élire leur maire au suffrage universel : Jacques Chirac,
Jean Tiberi et Bertrand Delanoë se succéderont à ce poste prestigieux.
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